Biodiversité et capital naturel : interview d'Aurore Verrier et de Frédéric Homo

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2025

11/12/2025

Le Crédit Mutuel Arkéa vient de publier sa stratégie Biodiversité et capital naturel, destinée à renforcer la prise en compte des enjeux de préservation du vivant dans ses financements, ses investissements et son empreinte directe. Sa filiale Arkéa Banque Entreprises et Institutionnels publie concomitamment sa stratégie environnementale, incluant le climat et la biodiversité, sur le périmètre du financement des acteurs publics et privés. Aurore Verrier, Responsable Finance durable du Groupe, et Frédéric Homo, Secrétaire général et Responsable finance durable d'Arkéa Banque Entreprises et Institutionnels, nous éclairent sur les ambitions et les finalités de la démarche. 

Décembre 2025 : le Crédit Mutuel Arkéa publie sa stratégie biodiversité et capital naturel et Arkéa Banque Entreprises et Institutionnels sa stratégie environnementale qui allie climat et biodiversité. Quel est l’objectif ?

Aurore Verrier : Nous publions cette stratégie biodiversité et capital naturel pour renforcer la prise en compte des enjeux de préservation du vivant dans nos financements, nos investissements et notre empreinte directe, en alignement avec les ambitions environnementales fortes du Groupe. 

 

75 % des prêts accordés aux entreprises de la zone euro concernent des entreprises qui dépendent de manière critique d’au moins un service écosystémique (source : BCE)

 

Quel est le lien entre biodiversité et économie ? 

Frédéric Homo : Aujourd’hui, la Banque Centrale Européenne estime que 72 % des entreprises de la zone euro, soit près de 3 millions d’entreprises, dépendent de manière critique de services écosystémiques rendus gratuitement par la nature. Il s’agit par exemple de l’approvisionnement en eau, des matières premières, mais aussi de la régulation du climat, ou encore de la qualité de l’air… Toujours selon la BCE, environ 75 % des prêts accordés aux entreprises de la zone euro concernent des entreprises qui dépendent de manière critique d’au moins un service écosystémique.

A.V. : Or la biodiversité est menacée par les modes de production et de consommation qui font peser des pressions de plus en plus fortes sur les écosystèmes. L’économie et la stabilité financière en dépendent. Si les services écosystémiques devaient être compensés, cela générerait des coûts substantiels. Des secteurs entiers de l’économie ne pourront plus fonctionner sans les services écosystémiques.

En quoi un acteur bancaire peut intervenir dans cette problématique d’envergure ?

A.V. : Nous avons différents leviers. Par exemple, l’adoption de politiques sectorielles et thématiques. Elles se traduisent par des exclusions de financements ou d'investissements mais nous y intégrons aussi, et surtout, des mesures d’accompagnement des transitions de nos clients opérant dans différents secteurs d’activité. Des critères biodiversité viendront les enrichir. 

F.H. : Les financeurs jouent un rôle crucial dans la limitation des pressions sur la biodiversité, le climat et l'environnement car ils peuvent orienter les flux de capitaux vers des projets plus durables et responsables. En intégrant des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans leurs décisions d'investissement, ils contribuent à la transition vers une économie plus verte et donc plus durable. 

Quelle est la singularité de l’approche du Groupe ? 

A.V. : La stratégie biodiversité et capital naturel du Groupe est le résultat d’un travail  collaboratif, mené avec les entités du Groupe. Elle couvre de nombreux enjeux identifiés par la Place financière. Elle  formalise nos engagements sur le périmètre du Groupe et sera déclinée progressivement par les filiales selon leurs activités, leurs enjeux et leurs propres contraintes. Cette stratégie formalise également les engagements du Groupe en tant qu’entreprise, dans un souci d’exemplarité, notamment en matière de gestion de nos bâtiments d'exploitation.

F.H. Arkéa Banque Entreprises et Institutionnels a été un contributeur majeur des travaux du Groupe sur le périmètre du financement des acteurs publics et privés. 

 

"En termes de production annuelle de crédits en faveur de la transition environnementale, nous voulons atteindre le milliard d'euros d'ici 2027."

Frédéric Homo

 

Quelle approche avez-vous adoptée sur le périmètre d’ ABEI ?

F.H : Notre stratégie est dite “environnementale” car elle se concentre à la fois sur le climat et la biodiversité. Elle a été conçue conjointement avec le Groupe mais est taillée sur mesure pour répondre aux besoins spécifiques des secteurs que nous accompagnons. Nous nous positionnons comme le partenaire de référence pour soutenir nos clients, qu'il s'agisse d'ETI, de grandes entreprises ou d’institutionnels, dans leurs transitions environnementales.

Vous avez priorisé certains secteurs ?

Les premiers travaux ont en effet été menés sur deux secteurs clés et matériels dans notre portefeuille de financement que sont l’immobilier et l’agroalimentaire, particulièrement en lien avec l'économie réelle.

 

"Notre stratégie biodiversité et capital naturel s’inscrit, comme l’ensemble de nos travaux, dans une démarche d’amélioration continue en faveur de la transition environnementale et sociétale des territoires."

Aurore Verrier

Quels sont vos objectifs chiffrés ? 

F.H : Nous nous fixons un objectif ambitieux puisque nous souhaitons doubler le nombre de nos clients qui bénéficient d'un accompagnement ESG. En termes de production annuelle de crédits en faveur de la transition environnementale, nous voulons atteindre le  milliard d'euros d'ici 2027. 

Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour bâtir vos stratégies ?

F.H : La contrainte majeure concerne les données clients dont nous disposons en matière de biodiversité : elles sont très limitées pour le moment. Cela nous pousse à être agile et à innover. 

A.V : En l'absence d’un cadre de référence, nous avons fait le choix de développer une méthodologie propre pour mesurer notre contribution positive en faveur de la nature, avec l’appui du cabinet de conseil BL Evolution. La mesure de la “part nature” sera testée en priorité aux portefeuilles agroalimentaire et immobilier d’ABEI. Un premier bilan, fin 2026, permettra d’évaluer l’opportunité d’élargir cette mesure à d’autres secteurs.

Quelles seront les preuves tangibles de votre démarche ?

A.V : Le Groupe s'engage à faire état de l'avancement de ces travaux à travers son rapport de durabilité annuel conformément à la directive CSRD. Sur le volet investissement, Suravenir, Arkéa Asset Management et Arkéa Capital se sont déjà fixé des indicateurs chiffrés pour renforcer leur implication en matière d’engagement actionnarial. Notre stratégie biodiversité et capital naturel s’inscrit, comme l’ensemble de nos travaux, dans une démarche d’amélioration continue en faveur de la transition environnementale et sociétale des territoires.

 

“Notre stratégie biodiversité et capital naturel est le fruit d'un travail collaboratif mené avec sérieux et ambition par les équipes des différentes entités. Nous prenons publiquement des engagements que nous voulons forts et volontaristes car, tout comme le climat, la biodiversité constitue un enjeu majeur pour nos sociétés et nos territoires. Des interdépendances existent et les actions sont à mener de concert, dans une logique de coopération qui fait justement la force de notre groupe bancaire. L’atténuation et l'adaptation au dérèglement climatique ne se feront pas sans la préservation et la restauration de la biodiversité. Nous sommes convaincus que nous avons un rôle majeur à jouer pour accompagner l'ensemble de nos clients dans leur transition et permettre la pérennité de l'activité économique et de la vitalité locale“.

- Julien Carmona, Président du Crédit Mutuel Arkéa et du Crédit Mutuel de Bretagne -